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            <journal-id>INRAE Productions Animales</journal-id>
            <issn>2824-3633</issn>
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            <title-group>
                <article-title xml:lang="fr">Demain, quels types d’éleveurs pour les élevages mixtes associant porcs et herbivores ? Analyse à partir d’enquêtes dans le Massif central</article-title>
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                    <trans-title>Tomorrow, what types of livestock farmers for mixed farms combining pigs and herbivores? An analysis based on surveys conducted in the Massif Central</trans-title>
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                    <contrib-id contrib-id-type="orcid">https://orcid.org/0000-0003-2203-6496</contrib-id>
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                        <surname>RAPEY</surname>
                        <given-names>Hélène</given-names>
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                    <email>helene.rapey@inrae.fr</email>
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                        <sup>1</sup>
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                        <surname>VALLADE</surname>
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                    <email>clemence.vallade@ifip.fr</email>
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                        <sup>2</sup>
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                    <contrib-id contrib-id-type="orcid">https://orcid.org/0009-0007-5876-2816</contrib-id>
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                        <surname>ROGUET</surname>
                        <given-names>Christine</given-names>
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                    <email>christine.roguet@ifip.asso.fr</email>
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                        <sup>2</sup>
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                        <surname>DOUNIES</surname>
                        <given-names>Bruno</given-names>
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                    <email>bruno.dounies@porcdemontagne.com</email>
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                        <sup>3</sup>
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            </contrib-group>
            <aff id="aff1">
                <sup>1</sup>UMR Territoires, Université Clermont-Auvergne, AgroParisTech, INRAE,VetAgro Sup, Campus Universitaire des Cézeaux, 63178, Aubière, France</aff>
            <aff id="aff2">
                <sup>2</sup>IFIP – Institut du porc, 35740, Pacé</aff>
            <aff id="aff3">
                <sup>3</sup>Association Porc Montagne, Cité régionale de l'agriculture, 63170, Aubière</aff>
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                <day>2</day>
                <month>10</month>
                <year>2026</year>
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                <copyright-statement>Copyright © 2026 Hélène RAPEY, Clémence VALLADE, Christine ROGUET, Bruno DOUNIES, Hélène RAPEY, Clémence VALLADE, Christine ROGUET, Bruno DOUNIES</copyright-statement>
                <copyright-year>2026</copyright-year>
                <copyright-holder>Hélène RAPEY, Clémence VALLADE, Christine ROGUET, Bruno DOUNIES, Hélène RAPEY, Clémence VALLADE, Christine ROGUET, Bruno DOUNIES</copyright-holder>
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                    <license-p>This work is licensed under a CC BY Creative Commons License.</license-p>
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            <abstract xml:lang="en">
                <p>In many regions of France, pig production is a minor activity and largely relies on farms dispersed across areas dominated by herbivore systems. Its continuity therefore depends strongly on mixed herbivore–pig farming systems. At a time when farmer renewal is a key concern for the coming years, the future of mixed herbivore-pig systems is crucial for the pig sector outside specialized areas. For this reason, a study was conducted in the Massif Central in 2024–2025. It focuses on recently established farmers and agricultural secondary-school students, examining their career paths, projects, and motivations regarding pig farming and mixed systems. Surveys carried out among 15 farmers, 280 students and 14 teachers reveal several current trends. The ways in which mixed farming systems are established vary, even within family farm contexts: the pig unit may be maintained, reconfigured, or newly created at the time of establishment. Mixed farming is often reconsidered when changes occur in farm labor availability. As for students, their profiles and career aspirations related to pig production are even heterogeneous. Although bovine production is generally prioritized, the inclusion of a pig unit is often not ruled out. The types of farming systems they envisage are wide-ranging, even among students from farming backgrounds, and frequently differ from those currently found in the region. In light of this type of diversified livestock farming systems, we conclude that adapting training and support methods to this diversity of professional profiles is one of the keys to encouraging new farmers in livestock farming areas.</p>
            </abstract>
            <abstract xml:lang="fr">
                <p>Dans de nombreuses régions françaises, la production porcine est minoritaire et repose majoritairement sur des élevages disséminés en zones d’élevage d’herbivores. Le maintien de la production porcine dépend alors fortement des systèmes mixtes herbivores-porcins. Or, le renouvellement des éleveurs est une question sensible pour les prochaines années. L’avenir de la mixité porcins-herbivores est crucial pour la filière porcine hors des zones spécialisées. C’est pourquoi une étude a été conduite dans le Massif central en 2024-2025. Elle porte sur les éleveurs récemment installés et les apprenants en lycées agricoles de ce territoire, leurs trajectoires, projets et motivations pour le porc et cette mixité. Des enquêtes auprès de 15 éleveurs, 280 apprenants et 14 enseignants permettent de dégager plusieurs tendances actuelles. Les modalités d’installation en système mixte sont variées même dans un cadre familial : l’atelier porcin est soit maintenu, reconfiguré ou créé à l’installation. Cette mixité est fréquemment interrogée lors de changements concernant la main-d’œuvre. Quant aux apprenants, leurs profils et souhaits professionnels en termes d’élevage sont contrastés. Ils priorisent les bovins, mais l’association d’un atelier porcin n’est souvent pas exclue. Les modalités d’élevage qu’ils envisagent sont variées même parmi les apprenants d’origine agricole, et ne correspondent souvent pas aux formes présentes dans le Massif. À l’aune de ce type d’élevages diversifiés, et dans la lignée d’autres travaux réalisés sur l’installation en agriculture, l’adaptation des moyens de formation et d’accompagnement à cette diversité de profils professionnels est une des clefs pour que de nouveaux éleveurs se projettent dans les territoires d’élevage.</p>
            </abstract>
            <kwd-group>
                <kwd>Elevage</kwd>
                <kwd>diversification</kwd>
                <kwd>installation</kwd>
                <kwd>enseignement</kwd>
                <kwd>agricole</kwd>
                <kwd>livestock</kwd>
                <kwd>farming</kwd>
                <kwd>diversification</kwd>
                <kwd>farm</kwd>
                <kwd>setup</kwd>
                <kwd>agricultural</kwd>
                <kwd>education</kwd>
                <kwd>élevage </kwd>
                <kwd>diversification </kwd>
                <kwd>installation </kwd>
                <kwd>enseignement agricole</kwd>
            </kwd-group>
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    <body>
        <sec sec-type="lead">
            <p>La démographie et le manque d’attractivité des métiers de l’élevage auprès des jeunes menacent la pérennité de nombreux ateliers de production et de valorisation des filières animales, en particulier dans les zones à dominante herbivore comme le Massif central. Concernant l’élevage porcin, présent mais très minoritaire dans la plupart de ces zones, une récente étude identifie des formes et conditions favorables au renouvellement d’élevages associant porcs et herbivores.</p>
        </sec>
        <sec id="h0-introduction">
            <title>Introduction</title>
            <p>Hors du Grand Ouest
                <xref ref-type="fn" rid="1">1</xref> de la France, la production porcine reste minoritaire dans la plupart des régions, mais représente toutefois 25 % de la production nationale. Selon les régions, elle repose sur quelques milliers, voire quelques centaines seulement, d’élevages disséminés dans le territoire (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref35">Roguet, 2023</xref>). Le Massif central illustre bien cette situation : en 2020, 760 élevages y conduisaient une activité porcine significative, représentant 5 % de la production porcine nationale (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref36">Roguet <italic>et al.</italic>, 2024</xref>). Près de 75 % d’entre eux associaient aussi des herbivores et concentraient 61 % du cheptel porcin du Massif. Or, entre 2010 et 2020, le nombre de ces élevages mixtes associant porcs et herbivores dans le Massif a diminué de 25 à 45 % selon les orientations de production d’herbivores associées (vaches allaitantes, vaches laitières ou autres herbivores), soit une diminution plus marquée que celle des élevages spécialisés de ce territoire.</p>
            <p>Les élevages mixtes porcs-herbivores présentent pourtant des atouts dans ces zones agricoles de montagne où prédominent les prairies. En particulier, on peut mentionner l’effet rapide du lisier de porc sur la pousse de l’herbe, le rythme de ventes de lots d’animaux et d’entrées de trésorerie plus régulier pour les éleveurs, et le renforcement des flux d’animaux pour les abattoirs mixtes de proximité et pour les salaisonneries locales. Cependant, pour les éleveurs, l’adoption ou le maintien d’un atelier porcin dans les élevages d’herbivores se heurte à plusieurs freins : coût élevé des bâtiments, surplus de surveillance et d’astreinte d’élevage, sensibilité accrue aux variations de prix des aliments achetés pour les élevages qui ne les fabriquent pas à la ferme, objection du voisinage vis-à-vis de l’élevage d’animaux en bâtiments (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref2">Balouzat <italic>et al.</italic>, 2020</xref> ; 
                <xref ref-type="bibr" rid="ref15">Depoudent <italic>et al.</italic>, 2021</xref> ; 
                <xref ref-type="bibr" rid="ref33">Rapey <italic>et al.</italic>, 2021</xref>). De plus, en montagne, la fragilisation de la dynamique laitière bovine au profit de la viande (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref5">Cerles <italic>et al.</italic>, 2017</xref> ; 
                <xref ref-type="bibr" rid="ref16">DRAAF AURA, 2022</xref> ; 
                <xref ref-type="bibr" rid="ref7">CNIEL, 2025</xref>), combinée aux nombreux cas d’arrêt ou de spécialisation laitière des élevages, a renforcé le recul des élevages mixtes bovin lait-porc dont l’activité porcine était pourtant souvent significative. En conséquence, la mixité bovin viande-porc prend plus d’importance dans ces zones où l’élevage allaitant prédomine (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref36">Roguet <italic>et al.</italic>, 2024</xref>). Par ailleurs, la fin des quotas laitiers et parfois la baisse de pression foncière agricole en zone de montagne laitière ou mixte lait-viande incitent moins que par le passé les éleveurs à développer une activité hors-sol pour installer un associé et/ou accroître leur revenu. Ces évolutions contribuent à accroître la part des élevages mixtes – majoritairement bovin allaitant-porc. De plus, leurs chefs d’exploitation sont plus âgés que ceux des élevages mixtes bovin lait-porc, à l’image de l’ensemble des éleveurs allaitants français (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref28">Perrot, 2023</xref>).</p>
            <p>Les difficultés de transmission des exploitations concernent presque toutes les filières animales (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref14">Depeyrot <italic>et al.</italic>, 2023</xref> ; 
                <xref ref-type="bibr" rid="ref38">Vincent <italic>et al.</italic>, 2024</xref>). Les études récentes soulignent que l’installation de nouveaux actifs dépend de multiples facteurs – personnels, familiaux et territoriaux – et appellent à un accompagnement des exploitations plus multidimensionnel (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref10">Coopmans <italic>et al.</italic>, 2021</xref> ; 
                <xref ref-type="bibr" rid="ref24">Jeanneaux &amp; Latruffe, 2023</xref>). La grande taille des troupeaux et la courte durée des cycles de production, combinées à une exigence de rentabilité, peuvent contribuer à un moindre attachement des éleveurs à leurs animaux (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref32">Porcher, 2003</xref>) alors que la diversité des tâches, l’autonomie dans le travail et la proximité avec des professionnels de l’élevage demeurent des facteurs importants d’attractivité du métier d’éleveur (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref13">Delanoue <italic>et al.</italic>, 2024</xref>). Une étude auprès d’élèves en lycées agricoles du Grand Ouest a également mis en évidence que leur projection dans le métier d’éleveur de porcs est directement liée à leur niveau de connaissances – issues de stage ou formation– de cet élevage (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref22">Grannec <italic>et al.</italic>, 2017</xref>). De nouveaux profils d’éleveurs émergent, portés par une quête accrue de sens du travail et une aspiration à développer des systèmes de production extensifs et « vertueux » pour l’environnement (agroécologie, agriculture biologique, faible consommation d’intrants…) (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref14">Depeyrot <italic>et al.</italic>, 2023</xref> ; 
                <xref ref-type="bibr" rid="ref38">Vincent <italic>et al.</italic>, 2024</xref>). Le niveau de formation élevé de ces nouveaux profils leur procure une vision diversifiée des systèmes de production et des compétences à mobiliser pour concevoir leur projet (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref31">Pindado <italic>et al.</italic>, 2018</xref> ; 
                <xref ref-type="bibr" rid="ref8">Coly, 2020</xref> ; 
                <xref ref-type="bibr" rid="ref15">Depoudent <italic>et al.</italic>, 2021</xref> ; 
                <xref ref-type="bibr" rid="ref6">Clément, 2024</xref>). Enfin, de nouvelles formes d’installation sociétaires et/ou hors cadre familial sont adoptées. Elles répondent à une volonté de pouvoir changer de métier ultérieurement, mais elles exigent de fortes compétences managériales des exploitants (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref11">Dedieu &amp; Servière, 2012</xref>). Les structures sociétaires familiales ont souvent favorisé la cohabitation de plusieurs ateliers en montagne, le porc complétant le revenu lors de l’arrivée d’un nouvel associé. Mais aujourd’hui, dans ces structures, un départ à la retraite d’associé s’accompagne souvent de difficultés à trouver de nouveaux collaborateurs familiaux ou autres pour le remplacer et entraîne souvent une réduction de la main-d’œuvre permanente qui peut conduire à la suppression d’un des ateliers, notamment lorsque les conditions de travail sont exigeantes (astreinte, bâtiment distant, équipement vieillissant ou absent…).</p>
            <p>La formation des futurs exploitants agricoles prend en compte la diversité d’origine et de projets des apprenants au sein des établissements d’enseignement agricole (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref19">Gambino <italic>et al.</italic>, 2012</xref> ; 
                <xref ref-type="bibr" rid="ref3">Benet Rivière &amp; Moreau, 2020</xref>) et accorde une place centrale à la mise en situation des apprenants grâce à des travaux pratiques, des visites et des stages (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref21">Gardiès <italic>et al.</italic>, 2021</xref>). Cependant, suite à la réforme de l’enseignement des productions animales de 2023-2025, les professionnels de la filière porcine sont particulièrement inquiets. En effet, dans les cursus menant aux métiers de l’élevage comme le bac pro CGEA (Conduite et gestion de l’entreprise agricole) ou BTS ME (Métiers de l’élevage), l’enseignement de la production porcine n’est plus obligatoire. Même si les enseignants engagés jusqu’ici dans la formation relative à cette production resteront probablement enclin à poursuivre leur enseignement à court terme, rien ne garantit que ce soit le cas à plus long terme et pour les nouveaux enseignants, notamment lorsque l’exploitation pédagogique de leur lycée ne dispose pas d’atelier porcin facilitant la réalisation de travaux pratiques. Or, dans les territoires dominés par l’élevage d’herbivores, cette situation est courante. C’est pourquoi les professionnels de la filière porcine du Massif central estiment nécessaire de s’engager auprès des lycées, afin de contribuer à l’émergence et la maturation de nouveaux projets d’installation de jeunes éleveurs pour cette production en systèmes mixtes ou spécialisés, tout en s’inscrivant dans les cadres de l’enseignement existants qui priorisent les productions d’herbivores dans le Massif et en considérant les attentes des nouvelles générations d’éleveurs.</p>
            <p>De nombreuses organisations professionnelles agricoles s’impliquent dans l’installation et la transmission, compte tenu des perspectives démographiques. Cette thématique est parfois intégrée dans des plans de filière (cas de la filière ovine en Auvergne Rhône-Alpes ou de la démarche de responsabilité sociale RSO de l’interprofession INAPORC) ou dans des actions de recherche-développement. Ainsi, l’appel à projet Partenariat Européen pour l’Innovation 2023
                <xref ref-type="fn" rid="2">2</xref> (fonds FEADER) en région Auvergne Rhône-Alpes portait sur le renouvellement des générations et l’attractivité des métiers. Le projet ACTIFE
                <xref ref-type="fn" rid="3">3</xref> (Accompagner les transitions et l’installation dans le Massif central par la formation en élevage ; fonds France 2030), lancé en 2024 à l’échelle du Massif central, associe acteurs de l’enseignement agricole, des filières ruminants et de la DRAAF tandis que l’Association Porc Montagne (APM) a initié en 2023, avec l’IFIP et INRAE, une action de recherche-développement
                <xref ref-type="fn" rid="4">4</xref> sur la transmission-installation des élevages mixtes ou spécialisés avec atelier porcin dans le Massif (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref37">Vallade <italic>et al.</italic>, 2026</xref>).</p>
            <p>L’élevage porcin dans le Massif central présente plusieurs spécificités : faible densité d’élevages et diversité des types de systèmes mixtes et spécialisés, rôle structurant de plusieurs coopératives, rôle clef pour le maintien d’abattoirs de proximité, activité de transformation (salaisonnerie) pourvoyeuse de nombreux emplois au cœur du Massif, rareté des lycées agricoles avec atelier porcin (quatre cas) et des établissements (CFA, CFPPA) proposant le certificat de spécialisation en porc (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref2">Balouzat <italic>et al.</italic>, 2020</xref>). Cette situation présente des similitudes avec celle d’autres productions animales lorsqu’elles sont minoritaires dans des territoires où prédominent d’autres orientations agricoles (animales ou végétales). Il est donc utile de s’intéresser à ce type de situations pour préserver la diversité des activités d’élevage dans les territoires, notamment lorsqu’elles sont fragilisées par leur localisation en dehors des bassins de spécialisation, mais qu’elles jouent un rôle essentiel pour le maintien d’infrastructures, d’emplois et de services nécessaires aux filières majoritaires.</p>
            <p>Cet article présente les différents résultats d’une action de recherche réalisée dans le cadre du projet APORTHE dont l’ambition est de valoriser les atouts de la complémentarité porcins et bovins dans les territoires herbagers du Massif central. Il comprend successivement une analyse des profils de nouveaux éleveurs en exploitation mixte porcs-herbivores et une caractérisation de la perception de la production porcine par les apprenants et enseignants agricoles. L’objectif est de fournir une meilleure compréhension des dynamiques et des perspectives d’installation en systèmes mixtes porcs-herbivores dans ce territoire, et des leviers pour les soutenir. Le but est aussi d’apporter des connaissances utiles pour d’autres types de polyélevage concernant ces territoires.</p>
        </sec>
        <sec id="h1-1--mise-en--uvre-des-enquetes">
            <title>1. Mise en œuvre des enquêtes</title>
            <p>Après avoir produit et fait la synthèse de connaissances relatives aux exploitations d’élevage mixtes porcins-herbivores dans le Massif central et plus globalement en France (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref2">Balouzat <italic>et al.</italic>, 2020</xref> ; 
                <xref ref-type="bibr" rid="ref33">Rapey <italic>et al.</italic>, 2021</xref> ; 
                <xref ref-type="bibr" rid="ref36">Roguet <italic>et al.</italic>, 2024</xref>), des questions sont ressorties quant aux perspectives de ces élevages et aux futurs éleveurs. C’est pourquoi deux phases d’enquêtes complémentaires ont été menées en 2025 afin d’identifier et d’approfondir ce qui est en jeu autour de l’installation de nouveaux éleveurs. La première s’intéresse aux conditions d’installation et motivations d’éleveurs en systèmes d’élevage mixtes porcins-herbivores dans le Massif central. Elle s’appuie sur la réalisation de 15 entretiens auprès d’éleveurs récemment installés (voir § 1.1). La seconde phase s’intéresse aux futurs éleveurs en formation, et s’appuie sur la réalisation de 280 enquêtes fermées auprès d’apprenants et de 14 enquêtes ouvertes auprès d’enseignants dans trois lycées agricoles du Massif (voir § 1.2).</p>
            <sec id="h0-1-1--aupres-d-eleveurs-recemment-installes-en-elevages-mixtes-porcins-herbivores">
                <title>1.1. Auprès d’éleveurs récemment installés en élevages mixtes porcins-herbivores</title>
                <p>Des éleveurs installés au cours des dix dernières années en exploitation comportant des ateliers porcin et herbivore ont été identifiés par les techniciens des principaux groupements de producteurs de porcs du Massif central. Les premiers entretiens ont permis d’élargir l’échantillon par effet « boule de neige » (
                    <xref ref-type="bibr" rid="ref9">Combessie, 2007</xref>). Une sélection a été réalisée pour refléter la diversité des ateliers porcins (dimension, orientation de production, mode de commercialisation) et de motivations professionnelles de ces éleveurs. En définitive, 15 entretiens semi-directifs ont été conduits de novembre 2024 à février 2025, auprès d’éleveurs – récemment installés ou en cours d’installation – dans différentes zones du Massif. Durant l’entretien semi-directif, les questions portaient sur le parcours scolaire et professionnel de la personne enquêtée, les changements concernant l’exploitation réalisés lors de l’installation (foncier, bâtiments, travail, troupeaux, commercialisation…), les liens et expériences personnels avec la production porcine et l’association de porcs et d’herbivores avant installation, ainsi que les projets.</p>
                <p>Les entretiens, d’une durée d’une heure trente à deux heures, se sont déroulés en face-à-face, et ont été enregistrés, retranscrits puis analysés à l’aide d’une grille construite pour révéler les différences de contexte d’installation, d’intérêts portés à chacun des ateliers de production, et des projets envisagés à court et moyen termes pour chaque atelier. Une fois identifiées les différentes modalités de réponses relatives à chacun de ces thèmes, la méthode de classification graphique de 
                    <xref ref-type="bibr" rid="ref4">Bertin (1977)</xref> a permis de repérer les variables les plus discriminantes des situations entre elles, puis de distinguer trois groupes d’éleveurs selon la prise en compte et le rôle de l’atelier porcin dans leur projet d’installation. Ces profils ont ensuite été soumis à des professionnels de la filière porcine pour valider leur pertinence.</p>
            </sec>
            <sec id="h2-1-2--en-lycees-agricoles-du-nord-massif-central">
                <title>1.2. En lycées agricoles du nord Massif central</title>
                <p>Trois lycées agricoles localisés dans la Loire, la Haute-Loire et le Puy-de-Dôme (Roanne-Chervé, Brioude-Bonnefont, Marmilhat) ont été mobilisés début 2025 avec l’accord de leur direction et l’appui d’un enseignant référent particulièrement motivé par la production porcine.</p>
                <p>Dans un premier temps, des entretiens individuels ont été conduits auprès de quatorze enseignants (en zootechnie, agronomie, comptabilité-gestion) et de trois membres de la direction (établissement, exploitation). Chaque entretien s’appuyait sur un questionnaire ouvert abordant leur vision des atouts et limites de l’élevage de porcs (spécialisé ou non), leurs pratiques pédagogiques concernant cette production, et leurs difficultés et leviers pour l’enseigner. L’entretien, enregistré, durait environ une heure, en visioconférence ou au lycée.</p>
                <p>Ensuite, au cours d’une journée dédiée à la réalisation de nos enquêtes dans chaque lycée, les apprenants présents en CAPA (Certificat d’aptitude professionnelle agricole), Bac, BTS et BPREA (Brevet professionnel responsable d’entreprise agricole), étaient interrogés en salle à l’aide d’un questionnaire fermé en ligne portant sur leurs parcours, liens à l’agriculture, projet professionnel et leur vision des intérêts et freins de l’élevage porcin, seul ou associé aux herbivores. Les apprenants répondaient à l’aide de leur téléphone ou ordinateur en une dizaine de minutes. Plusieurs classes d’apprenants étaient successivement interrogées dans la journée, accompagnées de leur enseignant. Chaque séquence dédiée à une classe durait une heure et incluait la restitution de quelques résultats obtenus. Cette séquence comprenait aussi la conduite d’un entretien ouvert et collectif d’une vingtaine de minutes avec un petit groupe d’apprenants volontaires (quatre à huit jeunes), abordant deux des questions données en ligne (1-Travailler en porc est-il envisageable pour vous ? 2-Que vous faudrait-il pour l’envisager ?). Ceci visait à recueillir des éléments qualitatifs et explicatifs complémentaires sur les motivations professionnelles et le rapport à la production porcine des apprenants.</p>
                <p>Les trois journées d’enquête en lycées ont permis de recueillir les réponses de 280 apprenants au total. Après vérification de la cohérence des réponses, les fréquences des modalités de réponses ont été comparées avec des tests du Khi2 ou de Fisher. Quant aux discours recueillis, leur analyse a permis d’identifier et préciser des thèmes quant aux atouts et freins de l’activité porcine et de la mixité porcs-herbivores.</p>
                <p>Les entretiens ouverts avec les enseignants ont fait l’objet d’une analyse de leur contenu qui a permis de faire émerger les thèmes récurrents de leurs discours, tant sur leurs pratiques pédagogiques que sur les difficultés et leviers rencontrés pour enseigner la production porcine.</p>
                <p>En confrontant les trois types de points de vue récoltés – éleveurs, apprenants et enseignants – il est possible de dégager ce qui converge ou non entre ces acteurs, ouvrant plusieurs pistes d’approfondissements et d’actions afin de mieux comprendre et soutenir le renouvellement de ces élevages porcins souvent associés aux herbivores.</p>
            </sec>
        </sec>
        <sec id="h1-2--principaux-enseignements-issus-des-enquetes">
            <title>2. Principaux enseignements issus des enquêtes</title>
            <sec id="h0-2-1--de-jeunes-eleveurs-inegalement-experimentes-en-production-porcine">
                <title>2.1. De jeunes éleveurs inégalement expérimentés en production porcine</title>
                <p>Les quinze éleveurs enquêtés se sont tous installés dans une structure d’origine familiale et majoritairement en collectif (associé de GAEC ou d’EARL, ou en SCEA). La dimension des ateliers d’élevage est très contrastée entre exploitations : de 27 à 165 unités de gros bétail herbivores concernant l’atelier herbivore, de 50 à 18 000 porcs charcutiers produits par an concernant l’atelier porcin. Les orientations d’élevage sont aussi variées : concernant les herbivores, la moitié des exploitations produisent du lait de vache ou de brebis, l’autre moitié élève exclusivement des herbivores viande (bovins, parfois associés à des ovins) ; concernant les porcins, la moitié des exploitations pratiquent le naissage et l’engraissement, l’autre moitié uniquement l’engraissement.</p>
                <p>Les modifications engagées dans ces exploitations lors de l’installation varient fortement de nature et d’importance selon les cas. Cette diversité des reconfigurations lors de l’installation conduit à distinguer trois types d’éleveurs (figure 1).</p>
                <p/>
                <p>
                    <fig>
                        <caption>
                            <title>Figure 1. Trois types d’éleveurs récemment installés parmi les 15 éleveurs enquêtés.</title>
                        </caption>
                        <graphic xlink:href="media/image1.jpeg"/>
                    </fig>
                </p>
                <sec id="h0-a--les-installations-avec-atelier-porcin-inchange--4-15-exploitations-">
                    <title>a. Les installations avec atelier porcin inchangé (4/15 exploitations)</title>
                    <p>Dans ce cas, l’atelier porcin n’a pas été modifié à l’installation même si des projets d’amélioration sont parfois en réflexion. L’atelier porcin est de type conventionnel (bâtiment sur caillebotis), naisseur-engraisseur dans trois cas sur quatre, avec une production annuelle majoritairement inférieure ou égale à 2 500 porcs charcutiers. Ces exploitations gèrent plus de 125 ha de surface agricole utile (SAU), dont moins de 75 % en prairies. Les herbivores assurent, dans trois cas sur quatre, une production laitière (bovine ou ovine). La charge de travail est donc élevée, en raison des astreintes de traite des vaches ou brebis et de mise bas des truies, et de gestion du foncier de grande taille. La volonté d’installation de ces nouveaux éleveurs est plus ou moins récente. Leurs motivations pour le porc sont avant tout économiques (conjoncture porcine favorable, revenu d’exploitation augmenté ou sécurisé) ou agronomiques (surplus de fumure disponible), et portent moins sur l’intérêt des conditions de travail et de la technicité de la production porcine. Deux de ces éleveurs n’interviennent pas dans le travail de l’atelier porcin. Les quatre éleveurs se distinguent aussi entre eux quant aux évolutions de l’atelier herbivore. Pour certains, cet atelier
                        <bold> </bold>est inchangé à l’installation (deux exploitations) et l’amélioration de leurs conditions de travail est une priorité, avec des projets à court terme d’équipement (robot de raclage pour l’atelier laitier) ou de rénovation de bâtiment (bloc maternité des truies). Pour d’autres, l’atelier herbivore est développé (deux exploitations ; augmentation des bovins allaitants, remplacement des bovins lait en production conventionnelle par des ovins lait en AOP) malgré une implication forte de ces nouveaux exploitants dans l’activité porcine, motivés par leur expérience antérieure dans ce domaine.</p>
                </sec>
                <sec id="h3-b--les-installations-avec-renforcement-de-l-atelier-porcin--5-15-exploitations-">
                    <title>b. Les installations avec renforcement de l’atelier porcin (5/15 exploitations)</title>
                    <p>L’atelier porcin de ces exploitations est de type conventionnel, naisseur-engraisseur dans trois cas sur cinq, et de taille supérieure au type précédent (&gt; 2 500 porcs charcutiers produits par an, sauf pour l’exploitation spécialisée en naissage, 2 500 porcelets produits par an). La SAU est par contre moins grande que celle du type précédent (&lt; 125 ha de SAU dans la majorité des cas) et moins herbagère (&lt; 75 % de la SAU en prairies). La volonté d’installation de ces nouveaux éleveurs est ancrée de longue date, et s’accompagne d’une motivation forte pour la production porcine, ses conditions de travail et sa technicité. Tous ces éleveurs interviennent dans le travail de l’atelier porcin. Ils ont choisi d’améliorer leur atelier porcin pour des raisons économiques et/ou d’intérêt de travail. Malgré cela, ils se différencient quant aux perspectives de la mixité de leur système de production. Certains s’interrogent déjà sur l’avenir de cette mixité en raison des futures évolutions de la main-d’œuvre (trois exploitations). Ce sont des éleveurs de bovins lait, détenant entre 40 et 100 vaches avec parfois quelques bovins viande. Pour d’autres, il n’y a actuellement pas d’interrogation sur l’avenir de la mixité (deux exploitations). Ils ont un petit troupeau de bovins uniquement viande (&lt; 50 vaches) et peu de main-d’œuvre (un à deux exploitants par exploitation) ; l’astreinte de travail liée aux herbivores est modérée.</p>
                </sec>
                <sec id="h3-c--les-installations-avec-creation-d-atelier-porcin--6-15-exploitations-">
                    <title>c. Les installations avec création d’atelier porcin (6/15 exploitations)</title>
                    <p>Pour des raisons différentes, ces exploitations ont introduit un atelier porcin à l’installation du nouvel associé. Ce nouvel atelier présente des caractéristiques contrastées en taille (de 50 à 2 800 porcs charcutiers produits par an par exploitation) et en mode de commercialisation (avec ou sans contrat d’intégration ou transformation fermière). Le naissage des porcelets est quasiment absent (sauf une exploitation où il est réalisé sur un autre site). Les herbivores sont le plus souvent des bovins allaitants et les surfaces d’exploitation sont très herbagères (plus de 75 % en prairies). La volonté d’installation est ancienne pour la plupart de ces éleveurs, mais leurs motivations pour l’élevage porcin diffèrent. Pour certains (deux exploitations), l’ajout d’un atelier porcin visait à faire de la transformation fermière et à conforter une structure de petite taille (&lt; 45 vaches allaitantes) avec deux ou trois exploitants. Pour d’autres (deux exploitations), il s’agit de limiter le besoin de foncier tout en augmentant la dimension économique de l’exploitation. Pour d’autres encore (deux exploitations), c’est un intérêt personnel pour le travail avec les porcins et l’association d’espèces qui prime. Malgré ces différences de motivations pour l’élevage porcin, et le fait que tous n’aient pas une expérience antérieure en production porcine (seulement trois éleveurs sur six avec expérience porcine préalable dans le cadre familial ou de la formation), ces six éleveurs interviennent dans le travail de l’atelier porc, contrairement aux deux types précédents d’éleveurs (a et b).</p>
                    <p>En résumé, les enquêtes auprès des éleveurs récemment installés en exploitations associant des porcs et herbivores mettent en lumière plusieurs tendances. Les modalités d’installation en système mixte apparaissent très variées tant du point de vue de la taille et de l’orientation de l’atelier d’herbivores associé, que de la présence du naissage en production porcine, et des formes et intensités de reconfiguration des exploitations lors de cette étape. Les motivations des nouveaux éleveurs vis-à-vis de l’activité porcine sont aussi diverses du point de vue de leur expérience (emploi ou stage précédent, famille… ou sans antériorité), et de leur finalité (économique, technique, organisationnelle…). L’atelier porc a donc permis à ces nouveaux éleveurs de mettre en place toutes sortes d’« arrangements » de leur production et avec des modalités d’élevage d’herbivores très diverses, leur donnant la possibilité d’élaborer progressivement leur propre projet professionnel dans un collectif. Alors que cette production est souvent perçue par les éleveurs spécialisés en productions herbivores ou porcines, comme une activité fortement normée ou peu flexible en termes de dimension, de modes de production et de commercialisation, les résultats de nos enquêtes montrent combien les éleveurs récemment installés vont à l’encontre de cela et réussissent à décliner la production porcine et à l’adapter à leurs projet et motivation. L’enquête auprès des apprenants vient conforter et compléter cette analyse.</p>
                </sec>
            </sec>
            <sec id="h2-2-2--divers-profils-d-apprenants-vis-a-vis-de-la-production-porcine-et-de-son-association-avec-les-herbivores">
                <title>2.2. Divers profils d’apprenants vis-à-vis de la production porcine et de son association avec les herbivores</title>
                <p>Parmi les 280 apprenants enquêtés en lycées agricoles, les profils et souhaits professionnels sont contrastés et montrent que le porc tient tout de même une place significative dans ce territoire où les herbivores prédominent. Les futurs actifs se distinguent par leurs projets professionnels, entre ceux qui déclarent :</p>
                <p>
                    <italic>i)</italic> ne pas vouloir travailler en exploitation agricole (A1 ; 93/280 apprenants soit 33 %) ;</p>
                <p>
                    <italic>ii)</italic> vouloir travailler en exploitation agricole mais sans porc (A2 ; 109/280 apprenants soit 39 %) ;</p>
                <p>
                    <italic>iii)</italic> vouloir travailler en exploitation sans exclure le porc (A3 ; 78/280 apprenants soit 28 %).</p>
                <p>Le premier groupe (A1) compte significativement moins d’enfants d’agriculteurs et plus de femmes que les deux autres groupes. Logiquement, les apprenants qui voudraient travailler en exploitation (A2, A3) sont plus ancrés dans les parcours de professionnalisation agricole (cursus de Bac pro ou BTS). Les apprenants qui envisagent possiblement d’élever des porcs (A3) ont plus souvent une expérience de stage dans cette production (42 % contre 14 % du groupe A2 et 23 % du groupe A1) et des éleveurs de porcs dans leur entourage proche. L’attrait pour l’activité porcine s’enracine donc en partie dans des expériences et connaissances personnelles interpersonnelles (tableau 1).</p>
                <p>Les apprenants qui voudraient travailler en exploitation (A2, A3) visent prioritairement
                    <xref ref-type="fn" rid="5">5</xref> l’élevage bovin (67 %), loin devant les petits ruminants (11 %), les productions végétales (11 %), les équins (3 %), les porcs (3 %) et les volailles (2 %). Toutefois, 42 % de ces apprenants disent qu’ils pourraient travailler avec des porcs. Ainsi, même si ce n’est pas leur production de prédilection, le porc reste souvent envisageable par ces futurs actifs en exploitation d’élevage.</p>
                <table-wrap orientation="portrait" position="float">
                    <caption>
                        <title>Tableau 1. Caractérisation des trois groupes d'apprenants.</title>
                        <p>Valeur soulignée = fréquence statistiquement différente d’après le test du Khi2.</p>
                    </caption>
                    <table>
                        <tbody>
                            <tr>
                                <td>
                                    <p>
                                        <bold>Caractéristiques des répondants</bold>
                                    </p>
</td>
                                <td>
                                    <p>
                                        <bold>Apprenants qui n’envisagent pas de travailler en exploitation agricole (EA)</bold>
                                    </p>
</td>
                                <td>
                                    <p>
                                        <bold>Apprenants qui envisagent de travailler en EA, sans porc</bold>
                                    </p>
</td>
                                <td>
                                    <p>
                                        <bold>Apprenants qui envisagent de travailler en EA, possiblement avec des porcs</bold>
                                    </p>
</td>
                            </tr>
                            <tr>
                                <td valign="middle">
                                    <p>Groupe et nombre de répondants</p>
</td>
                                <td valign="middle">
                                    <p>A1 (n = 93)</p>
</td>
                                <td valign="middle">
                                    <p>A2 (n = 109)</p>
</td>
                                <td valign="middle">
                                    <p>A3 (n = 78)</p>
</td>
                            </tr>
                            <tr>
                                <td valign="middle">
                                    <p>Sexe masculin (%)</p>
</td>
                                <td valign="middle">
                                    <p>
                                        <underline>41</underline>
                                    </p>
</td>
                                <td valign="middle">
                                    <p>68</p>
</td>
                                <td valign="middle">
                                    <p>74</p>
</td>
                            </tr>
                            <tr>
                                <td valign="middle">
                                    <p>Formation (%)</p>
</td>
                                <td valign="middle">
                                    <p>BTS (44) &gt; 
                                        <underline>autres</underline> (
                                        <underline>29</underline>) &gt; Bac pro (27)</p>
</td>
                                <td valign="middle">
                                    <p>
                                        <underline>BTS</underline> (
                                        <underline>50</underline>) &gt; Bac pro (40) &gt; autres (10)</p>
</td>
                                <td valign="middle">
                                    <p>
                                        <underline>BTS</underline> (
                                        <underline>53</underline>) &gt; Bac pro (38) &gt; autres (9)</p>
</td>
                            </tr>
                            <tr>
                                <td valign="middle">
                                    <p>Parents agriculteurs (%)</p>
</td>
                                <td valign="middle">
                                    <p>
                                        <underline>27</underline>
                                    </p>
</td>
                                <td valign="middle">
                                    <p>60</p>
</td>
                                <td valign="middle">
                                    <p>58</p>
</td>
                            </tr>
                            <tr>
                                <td valign="middle">
                                    <p>Éleveur porcin parmi leurs connaissances (%)</p>
</td>
                                <td valign="middle">
                                    <p>43</p>
</td>
                                <td valign="middle">
                                    <p>53</p>
</td>
                                <td valign="middle">
                                    <p>
                                        <underline>72</underline>
                                    </p>
</td>
                            </tr>
                            <tr>
                                <td valign="middle">
                                    <p>Expérience en activité porcine (stage) (%)</p>
</td>
                                <td valign="middle">
                                    <p>23</p>
</td>
                                <td valign="middle">
                                    <p>14</p>
</td>
                                <td valign="middle">
                                    <p>
                                        <underline>42</underline>
                                    </p>
</td>
                            </tr>
                        </tbody>
                    </table>
                </table-wrap>
                <sec id="h0-a--motifs-d-interets-et-freins-vis-a-vis-de-l-elevage-de-porcs">
                    <title>a. Motifs d’intérêts et freins vis-à-vis de l’élevage de porcs</title>
                    <p>Le classement des intérêts de la production porcine soumis aux apprenants montre qu’ils en priorisent deux : permettre d’installer un associé avec peu de foncier (38 % des 280 apprenants interrogés) et être adapté à la transformation et vente en circuits courts (37 % des apprenants). Les apprenants qui envisagent de travailler en exploitation agricole avec possiblement des porcs mettent plus souvent en évidence l’opportunité d’installer un jeune avec peu de foncier grâce à l’atelier porcin (47 % du groupe A3) que la possibilité de transformer les produits (32 % du groupe A3).</p>
                    <p>Moins fréquemment les apprenants apprécient les conditions de travail et de vie que cette production apporte (13 % des 280 apprenants) ou le revenu qu’il permet comparativement aux autres productions animales (12 % des apprenants).</p>
                    <p>Ce classement d’intérêts pour le porc est identique entre apprenants initiés ou non à la pratique de cette production (par un stage ou du salariat).</p>
                    <p>Quant au classement des limites de la production porcine, les apprenants mettent en avant les contraintes réglementaires (biosécurité, bien-être, environnement ; 33 % des 280 apprenants), suivies des besoins élevés en investissements et capital pour mettre en œuvre cette activité (16 %), du risque élevé d’opposition du voisinage ou d’associations (16 %), du manque de conseillers techniques et de formation (14 %), de la forte volatilité des prix de vente des animaux (13 %) et des conditions de travail dans ces élevages (10 %). Ce classement des limites de la production porcine ne varie pas selon le type d’avenir professionnel envisagé par les apprenants. Il est aussi semblable entre les apprenants expérimentés en production porcine et les autres. La pratique et l’expérience de l’élevage de porcs des apprenants ne modifient donc pas significativement leur perception des atouts et des limites de cette production bien qu’elles favorisent les intentions de travail dans des élevages incluant le porc.</p>
                    <p>Lors des discussions ouvertes en groupe, un autre type de frein a été exprimé vis-à-vis de la production porcine par ces apprenants : le moindre contact et attachement à l’animal qu’en élevage d’herbivores. Ils disent par exemple : 
                        <italic>« en porcin, je ne pense pas que chaque éleveur connaît le numéro</italic> 
                        <italic>d’identification de tous ses porcs ou même leurs noms…</italic> 
                        <italic>Dans ma ferme je connais le nom de toutes mes vaches, et ça crée un lien</italic> », « 
                        <italic>il y a beaucoup de pertes en porcin. Chez moi</italic>,
                        <italic> j’ai été éduqué</italic> 
                        <italic>avec</italic> 
                        <italic>: quand il y</italic> 
                        <italic>a un veau malade il faut se battre pour le rétablir… Je n’aime pas voir des animaux mourir</italic> », « 
                        <italic>en porc, tu t’attaches pour deux ans maxi</italic>, 
                        <italic>mais nous les bêtes (vaches) elles restent 15</italic> 
                        <italic>ans, et quand elles partent ça nous rend malade</italic> ». La perception du rapport et du lien à l’animal en production porcine va donc à l’encontre des attentes et pratiques d’une partie de ces apprenants qui sont plus habitués aux bovins.</p>
                </sec>
                <sec id="h3-b--regards-sur-la-mixite-porcins-herbivores-dans-les-exploitations">
                    <title>b. Regards sur la mixité porcins-herbivores dans les exploitations</title>
                    <p>Malgré les freins exprimés vis-à-vis de la production porcine par les apprenants et leur peu de formation dédiée à la mixité porcins-herbivores, ils plébiscitent l’intérêt de cette mixité pour les exploitations (82 % de l’ensemble des apprenants). Leurs justifications de cet intérêt restent très variées. Parmi les apprenants exprimant une vision positive de la mixité, les raisons avancées sont l’augmentation (23 % de ces apprenants) ou la sécurisation (17 % de ces apprenants) du revenu de l’exploitation, la diversification du travail pour l’éleveur (29 %), la valorisation des effluents d’élevage (21 %) et, plus marginalement, la possibilité de développer l’activité agricole sans augmenter le foncier de l’exploitation (10 %).</p>
                    <p>À l’inverse, les 18 % d’apprenants qui considèrent la mixité porcins-herbivores sans intérêt le justifient par le cumul de réglementations (41 %), la difficulté à obtenir de bonnes performances techniques dans tous les ateliers (24 %), la concurrence en temps de travail (22 %) et le surplus d’équipements nécessaires (14 %). Dans ce cas, la mixité est donc vue davantage comme une addition de contraintes (réglementaires, organisationnelles, techniques, matérielles…) que comme une opportunité de complémentarité entre activités.</p>
                </sec>
                <sec id="h3-c--types-de-projets-porcins-des-apprenants">
                    <title>c. Types de projets porcins des apprenants</title>
                    <p>Pour les apprenants qui envisagent possiblement d’élever des porcs (A3), la production conventionnelle sur caillebotis est celle qui attire le moins. Parmi les trois modes d’élevage de porcs proposés dans le questionnaire fermé (1-caillebotis, 2-sur paille, 3-plein air), l’élevage en plein air est privilégié par 40 % d’entre eux devant celui en bâtiment sur paille (36 %) et celui en bâtiment sur caillebotis (24 %). Ceci va donc à l’encontre du mode d’élevage porcin qui est actuellement le plus pratiqué dans le Massif central (bâtiments sur caillebotis). Ces apprenants manifestent également un attrait pour le naissage alors que celui-ci est minoritaire et en recul dans les élevages du Massif central. Quant à la mixité porcins-herbivores, 86 % de ces apprenants préféreraient que ce soit avec une dominante d’herbivores et 9 % avec une dominante porcine (5 % préféreraient une exploitation spécialisée en porcs, sans herbivore).</p>
                    <p>Lors des discussions ouvertes en groupe, il ressort que l’élevage plein air attire plus fortement ces apprenants car ils le perçoivent comme plus satisfaisant pour le bien-être de l’animal et celui de l’éleveur : 
                        <italic>« Quand ils</italic> 
                        <italic>[les porcs]</italic> 
                        <italic>sont en plein air</italic>, 
                        <italic>ils sont plus épanouis et c’est plus intéressant […].</italic> 
                        <italic>C’est peut-être plus de contraintes mais</italic>,
                        <italic> quand on pense faire du meilleur travail</italic>,
                        <italic> on peut se permettre de travailler un peu plus longtemps, un peu plus dur</italic> 
                        <italic>»</italic> déclare l’un d’eux ; 
                        <italic>«</italic> 
                        <italic>Je serai quand même plus pour le plein air, pour moi en fait, [je n’apprécie pas de] rester enfermé… »</italic> dit un autre apprenant. L’attachement de ces apprenants à l’élevage en plein air correspond à un attrait pour cet environnement de travail qu’ils pratiquent avec les herbivores, et qu’ils trouvent même parfois incontournable pour leur activité d’éleveur. Malgré cela, des apprenants expriment des réserves sur l’élevage des porcs en plein air pour des raisons de climat et de travail :
                        <italic> «</italic> 
                        <italic>En plein air</italic>,
                        <italic> les porcelets c’est trop fragile. On est à 1</italic> 
                        <italic>000</italic> 
                        <italic>mètres d’altitude, les porcelets ils ne vont pas kiffer », « L’astreinte en plein air, s’il fait mauvais, froid et tout […], et s’il faut remonter toutes les demi-heures pour regarder s’il n’y a pas un porc qui peut mettre bas… »</italic>. En contrepoint, les arguments favorables à l’élevage sur caillebotis portent sur la simplification du travail, notamment pour la gestion sanitaire : 
                        <italic>«</italic> 
                        <italic>au niveau des maladies</italic>,
                        <italic> c’est plus simple…</italic> 
                        <italic>du moins</italic>,
                        <italic> on peut mieux gérer</italic> 
                        <italic>», «</italic> 
                        <italic>le bâtiment c’est quand même bien parce que t’as moins de boulot, c’est tout à portée de main, si tu as un problème tu n’as pas besoin d’aller courir dans les prés</italic> 
                        <italic>»</italic>. Des difficultés liées à la création de porcheries sur caillebotis ont toutefois été abordées par les apprenants, notamment leur coût élevé et les oppositions du voisinage.</p>
                </sec>
                <sec id="h3-d--role-de-la-formation-pour-faire-emerger-des-projets-porcins">
                    <title>d. Rôle de la formation pour faire émerger des projets porcins</title>
                    <p>La majorité des apprenants enquêtés (56 %) déclarent que l’essentiel de leurs connaissances sur l’élevage porcin provient de l’enseignement, tandis que 12 % d’entre eux les attribuent à un stage en exploitation porcine (même si 25 % des apprenants ont effectué un tel stage). La formation porcine en lycée agricole joue donc un rôle essentiel pour faire connaître et conforter les futurs professionnels de l’agriculture vers cette production porcine, même si d’autres facteurs – familiaux ou relationnels – interviennent. Lors des échanges en groupe, les apprenants se sont aussi montrés ouverts à recevoir plus de connaissances sur la production porcine tout en souhaitant aborder différentes formes d’élevage et selon des modalités pédagogiques variées : « 
                        <italic>Ça serait intéressant peut-être de faire un stage pour voir comment ça marche</italic> », « 
                        <italic>Il faudrait changer l’image</italic> », « 
                        <italic>Montrer des systèmes qui donnent envie</italic> », « 
                        <italic>Le MAP (Module d’adaptation professionnelle) porc en Bac</italic>,
                        <italic> ça nous a appris plein de trucs, c’est là que ça donne envie ou pas. C’était intéressant</italic> ».</p>
                </sec>
            </sec>
            <sec id="h2-2-3--les-approches-diversifiees-de-la-production-porcine-par-les-enseignants-de-lycees-agricoles">
                <title>2.3. Les approches diversifiées de la production porcine par les enseignants de lycées agricoles</title>
                <p>Deux profils d’enseignants ont été questionnés sur leur manière d’aborder la production porcine avec les apprenants : ceux pour qui le porc constitue un objet d’enseignement (six enseignants de zootechnie), ceux qui l’utilisent occasionnellement pour leur discipline (huit enseignants d’agronomie ou de comptabilité-gestion).</p>
                <sec id="h0-a--adaptations-de-l-enseignement-de-cette-production">
                    <title>a. Adaptations de l’enseignement de cette production</title>
                    <p>Dans les trois lycées enquêtés, les enseignants de zootechnie indiquent qu’ils abordent la production porcine souvent en comparaison des ruminants, concernant l’alimentation et la reproduction des animaux. Certains enseignants disent prioriser les ruminants parce qu’ils disposent et accèdent plus facilement à des supports de cours et d’application (cas-types, données d’exploitations, visites, exercices pratiques) dans ce domaine. Plusieurs enseignants déclarent : « 
                        <italic>Comme on manque de temps pour tout aborder</italic>,
                        <italic> on essaie de prendre les exemples les plus généraux et ce qui va leur arriver plus tard</italic> 
                        <italic>» </italic>; « 
                        <italic>Je ne suis pas experte en porc…</italic> 
                        <italic>Si on n’a pas les compétences</italic>,
                        <italic> c’est compliqué de les transmettre ».</italic>
                    </p>
                    <p>Quant aux enseignants en agronomie, ils abordent parfois la production porcine lors de l’enseignement de la fertilisation. Pour les enseignants de comptabilité et gestion, le porc peut constituer un support d’étude de cas, mais cela reste très dépendant des opportunités de données accessibles dans le cadre de stage ou de visite, et des questions et réflexions que cela suscite ensuite chez les élèves.</p>
                    <p>Ainsi, même si la production porcine n’est plus priorisée dans les référentiels d’enseignement relatifs à l’élevage en lycées agricoles, et par les enseignants en régions à dominante d’élevages d’herbivores telles que le Massif central, cette production n’est pas pour autant écartée et présente des intérêts pédagogiques aux dires des enseignants. En effet, ils considèrent qu’elle permet des exercices de comparaison et une ouverture à d’autres modes de production, et qu’il est toujours possible de l’aborder par les visites, stages et interactions avec les apprenants.</p>
                </sec>
                <sec id="h3-b--freins-et-leviers-pour-aborder-cette-production">
                    <title>b. Freins et leviers pour aborder cette production</title>
                    <p>Malgré le regard positif des enseignants enquêtés, ces derniers ont fait part de difficultés pour aborder la production porcine avec les apprenants. Leurs élèves originaires du Massif central manifestent une moindre « appétence » pour cette production et l’envisagent moins souvent comme perspective professionnelle comparativement aux herbivores. Leurs supports et opportunités de visites d’ateliers porcins récents ou à proximité des lycées sont peu nombreux et l’accès aux données et référentiels nationaux et régionaux est restreint en comparaison de ce dont ils disposent pour les herbivores (cf. cas-types Inosys d’élevages d’herbivores en libre accès sur internet).</p>
                    <p>Pour mieux aborder la production porcine dans le Massif central, les enseignants identifient toutefois des leviers. Ils considèrent que la mixité porcins-herbivores offre un support adapté pour aborder la production porcine avec les apprenants issus de régions d’herbivores, comme le résume un enseignant : « 
                        <italic>C’est ce que j’appelle les productions bonus, ça n’empêche pas de faire le reste, c’est du revenu en plus, du lisier en plus donc de l’engrais en moins</italic> ». Ils estiment que plusieurs thématiques sont à mieux faire connaître et intégrer dans l’enseignement : le travail (organisation, temps, technicité), le revenu, la diversité des systèmes et de leurs performances et résultats quantitatifs. Un enseignant appuie cela : « 
                        <italic>Leur regard change quand derrière on ramène des chiffres »</italic>. Pour les enseignants, comme pour les apprenants, les stages et visites sont des moyens favorables pour susciter l’intérêt pour cette production. Toutefois, un soin particulier doit être apporté à la qualité et l’exemplarité des conditions de stages ou de visites, comme le souligne un enseignant : 
                        <italic>« Il y a aussi des choses contre-productives en stage (porcin)…Un élève l’année dernière m’a dit qu’il n’avait jamais fait autant de karcher de sa vie dans l’élevage de porc</italic> ».</p>
                    <p>Ainsi, d’après les enseignants de lycées agricoles enquêtés, les principales limites à l’enseignement de la production porcine proviennent plus de difficultés à disposer et accéder à des documents-supports d’enseignement, d’analyse et de pratique concernant les ateliers porcins, que des référentiels pédagogiques existants. C’est pourquoi ils saisissent les opportunités de visites ou de stages pour aborder cette production et sont même parfois demandeurs auprès de la filière pour présenter et favoriser des comparaisons de l’élevage porcin avec l’élevage d’herbivores, et ainsi donner à voir et comprendre la diversité des formes d’élevage possibles.</p>
                </sec>
            </sec>
        </sec>
        <sec id="h1-3--synthese-et-discussion">
            <title>3. Synthèse et discussion</title>
            <p>Ces différentes enquêtes et analyses centrées sur les élevages mixtes porcins-herbivores dans le Massif central apportent des éléments originaux pouvant concerner plus globalement les exploitations actuelles de polyélevage. Ces élevages diversifiés suscitent un regain d’intérêt et des besoins de connaissances qui sont à instruire (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref25">Martin <italic>et al.</italic>, 2020</xref>) notamment pour les zones à dominante herbagère. Beaucoup des connaissances disponibles sur ces systèmes en polyélevage sont basées sur des statistiques agricoles, de la modélisation technico-économique ou des expérimentations en station de recherche, et plus rarement sur des entretiens avec des praticiens impliqués dans des fermes commerciales. De ce fait, les informations collectées dans le cadre de l’action de recherche présentée ici à propos du Massif central permettent d’enrichir de manière nouvelle la connaissance de ces élevages, sous un angle plus qualitatif, compréhensif et dynamique. Les apports concernent les caractéristiques globales et celles de chacun des ateliers, les motivations économiques et sociales des exploitants, les reconfigurations (dimension, orientation de production, organisation, commercialisation) survenant dans ces exploitations lors de l’installation, et leurs combinaisons. Ceci permet de mieux comprendre ce qui oriente aujourd’hui de nouveaux éleveurs vers le polyélevage.</p>
            <p>La plupart des éleveurs ayant adopté la mixité porcins-herbivores qui ont été enquêtés pour cette recherche sont en production conventionnelle, sans que cela ait été choisi au départ pour échantillonner les exploitations impliquant de jeunes éleveurs. Ce sont des structures familiales, avec un capital d’exploitation important en raison notamment de leurs multiples bâtiments d’élevage et cheptels. Malgré ces points communs, il y a de forts écarts entre leurs exploitations du point de vue de l’étendue et de la composition et utilisation du foncier, du dimensionnement de chacun des ateliers, de la main-d’œuvre mobilisée, et quant aux priorités et temporalités des éleveurs concernant le développement de chacun des ateliers d’élevage à l’avenir. Ceci montre que, malgré une perte d’attractivité des métiers de l’élevage et le peu de référentiels techniques et de formations agricoles quant aux systèmes d’élevage multi-ateliers ou multi-espèces, la diversification des productions animales dans les exploitations peut intéresser la nouvelle génération d’éleveurs et ne concerne pas seulement des systèmes à faible volume de production, extensifs ou sous signe de qualité, ultra-diversifiés, comme cela est souvent mis en avant (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref27">Napoléone <italic>et al.</italic>, 2021</xref>). De plus, ceci montre que les exploitations de polyélevage peuvent contribuer significativement aux dynamiques productives des filières d’élevage, en complément des exploitations spécialisées, et en dépit de ce qu’indiquent les analyses à base de statistiques agricoles se référant aux orientations technico-économiques standards des exploitations (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref1">Aigrain <italic>et al.</italic>, 2016</xref> ; 
                <xref ref-type="bibr" rid="ref29">Perrot, 2024</xref>). Ceci rejoint ce qui émerge d’autres travaux récents concernant la diversité des formes et des dynamiques des systèmes de polyélevage (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref34">Rapey <italic>et al.</italic>, 2018</xref> ; 
                <xref ref-type="bibr" rid="ref17">Dumont <italic>et al.</italic>, 2020</xref> ; 
                <xref ref-type="bibr" rid="ref12">Dejob <italic>et al.</italic>, 2024</xref>).</p>
            <p>Parmi les éleveurs enquêtés en élevages mixtes porcins-herbivores, ceux qui ont introduit un atelier porcin dans leur exploitation lors de leur installation ont souvent trouvé des alternatives pour se former en production porcine et pour ne pas avoir à investir lourdement en bâtiments pour cette nouvelle production. Ils ont par exemple aménagé un bâtiment existant sous-utilisé ou acheté un site porcin en place depuis plusieurs années à proximité de leur bâtiment d’élevage. Ils réalisent uniquement l’engraissement de porcs, moins exigeant en compétences et en capitaux, et ils sous-traitent la transformation de ces animaux lorsqu’ils se sont engagés dans la commercialisation en circuit court. Ces stratégies leur permettent de se familiariser progressivement avec une nouvelle production animale et avec la conduite en polyélevage. Elles permettent aussi d’éviter ou d’atténuer d’éventuelles oppositions du voisinage liées à l’implantation d’un nouveau bâtiment pour l’élevage porcin et de limiter le cumul d’investissements nécessaires et la prise de risque, et parfois certains freins cognitifs relatifs à la nouveauté, lors de l’installation. Cependant, ces choix personnels et stratégiques peuvent induire une complexification des conditions de travail lorsque les équipements et les structures du nouvel atelier porcin ou de ceux existants sont anciens ou dispersés. D’autres recherches ont mis en évidence l’importance de ce caractère progressif et ajustable des systèmes diversifiés (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref18">Dumont <italic>et al.</italic>, 2022</xref>). Ceci invite à considérer cette phase d’installation des éleveurs et de reconfiguration de leur système de manière moins synchrone et moins isolée des phases ultérieures de changement de l’exploitation, avec une approche plus ouverte, progressive, flexible des changements dans le temps, et selon des critères pas uniquement économiques tels que les investissements engagés et volumes de production dégagés (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref39">Walford, 2003</xref> ; 
                <xref ref-type="bibr" rid="ref20">García-Arias <italic>et al.</italic>, 2015</xref>).</p>
            <p>Certains types de motivations des éleveurs récemment installés en systèmes porcins-herbivores (complément de revenu, qualité des conditions de travail et/ou opportunité de développement de circuit court…) et les connaissances préalables de la production porcine et de la diversification de ces exploitants ont un rôle déterminant dans le choix des modalités d’installation et de leurs évolutions. Malgré la motivation initiale pour un mode d’élevage « alternatif » de certains éleveurs, ces exploitants ont évolué au fil de la concrétisation de leur projet d’installation et la majorité d’entre eux ont fini par faire le choix d’une production de porcs conventionnelle sur caillebotis (deux cas seulement sur paille), avec toutefois de forts écarts de dimensionnement des ateliers porcins et/ou herbivores et de commercialisation entre exploitations. Parmi les futurs éleveurs en formation dans les lycées agricoles, la diversité des motivations liées à l’activité porcine et à cette diversification des élevages herbivores est très forte et sans polarisation significative pour (ou contre) le naissage, pour (ou contre) la conduite en plein air, en bâtiments sur caillebotis ou sur aire paillée. Alors que la tendance dominante d’évolution des élevages est à la spécialisation et à l’agrandissement des exploitations porcines, ces jeunes apprenants se projettent avec un atelier porcin, à ce stade de leur parcours, de manière très variée et souvent en décalage avec les tendances et modèles dominants dans le territoire. L’enjeu est donc de bien saisir et répondre, en termes d’accompagnement technique, économique et humain, à cette diversité de motivations, de projets et de réalisations des futurs éleveurs. Ceci rejoint les conclusions des récents travaux portant sur les nouveaux profils d’agriculteurs (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref23">Jeanneaux &amp; Ben Vieira, 2022</xref> ; projets AgriTempo, RenouvAgri…), sur les tendances à l’« individualisation de la production agricole » (Millet 
                <italic>et</italic> 
                <italic>al.</italic>, 2025), et de « dualisation » des exploitations agricoles (
                <xref ref-type="bibr" rid="ref30">Perrot <italic>et al.</italic>, 2025</xref>).</p>
        </sec>
        <sec id="h1-conclusion">
            <title>Conclusion</title>
            <p>En approfondissant la question des conditions d’installation et des motivations des nouveaux éleveurs en exploitations mixtes porcins-herbivores dans le Massif central, à partir de différents points de vue d’acteurs concernés (éleveurs récemment installés, apprenants et enseignants de lycées agricoles), plusieurs thématiques et points d’attention pour la réussite des installations ont émergé : les différentes formes de priorisation et de reprise progressive du capital d’exploitation, l’intégration des évolutions à court et moyen terme du travail dans le projet d’installation y compris dans le cadre d’une exploitation familiale, la qualité de la relation homme-animal dans l’exercice du métier d’éleveur, la diversification des activités et modes de mise en marché, la pluralité des supports qui contribuent à la formation des apprenants, et l’hétérogénéité des projets et motivations de ces apprenants même lorsqu’ils ont déjà un ancrage agricole familial et dans une production agricole… Ces points d’attention des futurs professionnels sont parfois insuffisamment considérés dans l’enseignement, dans les parcours vers l’installation, et dans la communication des acteurs des filières. Ils ne concernent pas que l’élevage porcin, et sont particulièrement en jeu dans les cas des exploitations de polyélevage telles que celles ciblées dans ce travail. Le projet APORTHE, en objectivant et en mettant en lumière ces éléments auprès d’acteurs des filières porcines et herbivores, a d’ores et déjà contribué à susciter une attention et un dialogue entre professionnels de l’élevage de différentes filières et avec les acteurs de l’enseignement agricole.</p>
        </sec>
        <sec id="h1-contributions-des-auteurs">
            <title>Contributions des auteurs</title>
            <p>Christine Roguet et Hélène Rapey ont conçu le travail présenté dans cet article dans le cadre du projet APORTHE, coordonné par Bruno Dounies. Clémence Vallade a réalisé la plupart des enquêtes et des 
                <italic>focus groups</italic>, ainsi que la gestion et l’analyse des données, avec l’appui méthodologique de Christine Roguet et Hélène Rapey et le soutien organisationnel de Bruno Dounies. Clémence Vallade a rédigé un rapport et une note de synthèse des travaux. Sur cette base, Hélène Rapey et Christine Roguet ont élaboré et rédigé la première version de l’article, à laquelle Bruno Dounies a apporté des compléments. Christine Roguet et Hélène Rapey ont assuré la révision du manuscrit à la suite de l'évaluation par les relecteurs de INRAE Productions Animales.</p>
        </sec>
        <sec id="h1-remerciements">
            <title>Remerciements</title>
            <p>Les auteurs remercient les experts, éleveurs, enseignants et apprenants qui se sont rendus disponibles et ouverts à nos questions, ainsi que les financeurs qui ont soutenu ce travail : le commissariat de Massif central, avec des crédits FNADT, ainsi que l’IFIP, INRAE et l’Association Porc Montagne.</p>
        </sec>
    </body>
    <back>
        <fn-group>
            <fn id="1">
                <p>
                    <sup/> Le Grand Ouest regroupe ici la Bretagne, les Pays de la Loire et la Normandie.</p>
            </fn>
            <fn id="2">
                <p> 
                    <ext-link ext-link-type="uri" xlink:href="https://aura.chambres-agriculture.fr/sinformer/innovations-recherche-et-developpement/projets-de-recherche-et-dexperimentation/detail-du-projet/projets-pei-2023">https://aura.chambres-agriculture.fr/sinformer/innovations-recherche-et-developpement/projets-de-recherche-et-dexperimentation/detail-du-projet/projets-pei-2023</ext-link>
                </p>
            </fn>
            <fn id="3">
                <p> 
                    <ext-link ext-link-type="uri" xlink:href="https://proactife.fr/">https://proactife.fr/</ext-link>
                </p>
            </fn>
            <fn id="4">
                <p> 
                    <ext-link ext-link-type="uri" xlink:href="https://www.aporthe.fr/">https://www.aporthe.fr/</ext-link>
                </p>
            </fn>
            <fn id="5">
                <p> Dans le questionnaire fermé en ligne, les apprenants pouvaient choisir deux filières au maximum, sans classement, mais près de la moitié des répondants (48 %) n’ont coché qu’une filière. C’est pourquoi, seul le premier choix sélectionné a été conservé pour l’analyse.</p>
            </fn>
        </fn-group>
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                    <comment content-type="publication-type">Communication</comment>
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                    <volume>30</volume>
                    <issue>2</issue>
                    <comment>179‑196</comment>
                    <ext-link ext-link-type="doi" xlink:href="https://doi.org/10.20870/productions-animales.2017.30.2.2243">https://doi.org/10.20870/productions-animales.2017.30.2.2243</ext-link>
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                    <comment>Colloque de la SFER, Angers</comment>
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                    <comment>58e Journées Recherche Porcine, Saint-Malo</comment>
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                    <comment>Colloque de la SFER, Angers</comment>
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